Mardi 1 novembre 2011
2
01
/11
/Nov
/2011
15:15
"Avec la crise actuelle..."
Combien de fois cette explication en forme d'excuse nous est-elle servie par jour ?
Couverture de tant d'incompétences, d'imprévoyances et d'incuries diverses, la crise est le prétexte préféré des habitués du rideau de fumée. Elle dispense celui qui l'emploie de toute
justification voire de toute excuse à son insuffisance ... ou à sa suffisance.
Parce que personne n'ose définir la crise, son contenu et ses limites. Sait-on aujourd'hui ce qu'est une crise, au juste ? Sait-on de quoi l'on parle ?
Mes anciens maîtres en économie expliquaient qu'une crise consistait en l'effondrement brutal et complet de pans entiers d'une économie. La fameuse crise de 1929, si traumatisante pour les
générations qui l'avaient vécue, en était en fait l'étalon.
Il me semble que cette définition, convenable pour les systèmes économiques du début du siècle passé ne soit plus adaptée à la complexité du monde actuel.
La mise en place dans l'urgence de systèmes amortisseurs de crise - exemple récent : le FESF, matelas de fonds financiers coûteux et destinés à retarder l'inéluctable, faute de s'attaquer aux
causes racines des déséquilibres économiques - permet aux décideurs de camper une attitude de chevalier blanc de l'économie.
Mais ces sauveurs du monde ne font même pas la différence entre un équilibre de sous-emploi généré par leur mauvaise gestion du pays depuis plus de 30 ans, et le désastre consécutif à l'évidente
naïveté d'un credo inoxydable dans leur conception d'une économie réduite au seul secteur financier :
- Une mauvaise gestion du pays caractérisée par l'avalanche de contraintes, règlementations, effets de seuils et autres freins étatiques (sociaux, juridiques, fiscaux) à la croissance des
entreprises - particulièrement des PME, qui sont le tissu de base de toute économie saine.
- Une économie réduite à un secteur financier complété d'un endettement "sans risque" puisqu'adossé aux impôts, et qui aurait pour vocation d'alimenter les dépenses d'un état essentiellement
préoccupé de récupérer à sa propre gloire les bienfaits d'une prospérité que seuls les mauvais esprits pourraient contester.
Tout cela a assez bien marché pendant 30 ans, et notre pays, à force de palliatifs divers ("traitement statistique..", etc..) s'est contenté d'évoquer la "crise" à propos du niveau intolérable du
chômage. Ce contre-sens nous a interdit inéluctablement d'y apporter les remèdes nécessaires.
Aujourd'hui, le même manque de courage devant la nécessité d'un diagnostic sincère et compétent se traduit par ce mot de 5 lettres : la crise
Alors qu'il s'agit d'un surendettement de l'état qui trouve son origine dans l'absurdité du dogme de la dette adossée à la nation, et dans l'impuissance d'un état privé de tous ses moyens de
régulation économique et sociale.
Alors qu'il s'agit de l'impéritie de dirigeants qui, faute d'avoir montré la vigilance indispensable à leur mandat, ont accepté le principe du rachat de produits financiers douteux qui se sont
ensuite révélés "toxiques".
Alors qu'il s'agit du terrain perdu chaque jour par les entreprises françaises (comme en témoigne la balance du commerce extérieur) dans l'assourdissant silence de ceux-là mêmes qui sont en
charge de notre économie (d'où une part non négligeable du déficit des comptes de l'état et l'hypertrophie de la dette française).
Comment dès lors, parler de "la crise" ?
La France est mal gérée et c'est peut-être là la seule signification de ce mot qui cache de nombreuses problématiques ; exigeons de nos élus le courage des vrais diagnostics faute de quoi nous
n'obtiendrons jamais les bons remèdes.
Et rejetons les emplâtres euro-fédéralistes tels que la collectivisation européenne des dettes et autres fonds de soutien qui ne reflètent qu'une volonté de camouflage en écho à cette funeste
appellation de "crise" qui cache nos vrais problèmes.